New York District (New York Police Judiciaire)

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24 Mai 2018


L'entrevue - Un surdoué du crime
Publié par Stephane Baillargeon dans Le Devoir le 14/09/09.


Le Montréalais René Balcer est pour beaucoup dans le succès de la télésérie américaine Law & Order

Scénariste et producteur, le Montréalais René Balcer accumule les mégasuccès à la télévision américaine. Il pilote la vingtième saison de Law & Order, qui égale maintenant un record de longévité pour une télésérie.

Les Allemands connaissent la belle affaire sous le titre de Die Aufrechten. En finnois, on dit Kova laki, ce qui est vraiment joli. Du Mexique au Chili, cela donne La Ley y el Orden. En Italie, on annonce I due volti della giustizia. En France, on l'appelle New York, Police judiciaire ou encore New York District. Ici, on a gardé La Loi et l'Ordre, tout simplement.

La télésérie américaine Law & Order, lancée en 1990, est donc maintenant connue et suivie dans le monde entier. Chaque semaine, à travers ses diffusions multilingues, la saga politico-judiciaire rassemble des dizaines de millions de téléspectateurs. Rien qu'aux États-Unis, ils étaient plus de huit millions le mercredi soir l'an dernier.

Chaque épisode est construit autour de la découverte d'un crime et de l'enquête policière jusqu'à l'instruction du procureur qui s'ensuit. La vingtième saison reprendra les ondes du réseau NBC dans quelques jours, le vendredi 25 septembre. La production culte égalisera alors le record pour la plus longue présence ininterrompue en heure de grande écoute (primetime) sur un réseau américain, un honneur détenu jusque-là par Gunsmoke, une série western diffusée par CBS de 1955 à 1975.

Il y a un peu, beaucoup, passionnément du Montréalais René Balcer dans ce mégasuccès, auquel il travaille comme scénariste ou producteur délégué depuis le début. «La fascination pour le crime me semble universellement partagée», dit René Balcer en anglais, en ajoutant, en français cette fois, que sa langue maternelle est «trop rouillée» pour soutenir une longue conversation. L'expatrié d'Hollywood a été joint en Californie il y a quelques semaines. «J'ai déjà fait dire à un de mes personnages que les mauvais humains réalisent ce que les bons rêvent d'accomplir. Je crois aussi que les gens aiment suivre les méandres du système judiciaire. En liant le travail du policier et de l'avocat, nous avons trouvé une combinaison gagnante.»

René Balcer a commencé sa carrière derrière la caméra en couvrant la guerre du Yom Kippour, en 1973, à moins de vingt ans. «Je suis allé visiter une fille en Israël et je suis arrivé alors que le conflit commençait. Je me suis fait offrir la job de cameraman à l'aéroport. Il fallait remplacer des Israéliens conscrits. J'ai filmé la guerre sur le plateau du Golan et dans la péninsule du Sinaï.»

En rentrant à Montréal, le jeune aventurier s'est inscrit à l'Université Concordia, en communications et en cinéma, d'où il est sorti diplômé avec les grands honneurs (Magna Cum Laude), en 1978. L'institution lui a remis un doctorat honoris causa l'an dernier. L'étudiant écrivait déjà, le pro avoue avoir toujours écrit, des nouvelles, des romans, tout et n'importe quoi en fait, et cette passion l'a vite conduit à Hollywood où, après quelques mois, il scénarisait à qui mieux mieux pour Monte Hellman, Francis Ford Coppola, Steven Tisch et Mace Neufield.

«L'industrie du cinéma et de la télévision, c'est une méritocratie, dit-il. Le fait d'être un Canadien ou de venir de n'importe où ailleurs ne change rien, ne constitue ni un avantage ni un désavantage pour l'embauche. À la longue, par contre, j'ai compris que le fait de ne pas être d'origine américaine procure une distance enrichissante pour écrire sur les États-Unis, pour traiter du meilleur comme du pire de ce pays complexe.»

200 fois sur le métier...

René Balcer y a écrit environ 70 épisodes pour Law & Order et encore plus de 110 pour Law & Order: Criminal Intent, une excroissance mettant l'accent sur une unité d'élite chargée d'enquêter sur des meurtres extrêmement violents. La série compte d'autres produits télévisuels dérivés. Au total, la bibliographie de René Balcer assemble maintenant plus de 200 scénarios pour le petit ou le grand écran. «En trente ans, ce n'est pas tant que ça, dit le clavier humain. L'écriture est un muscle qui se renforce en s'exerçant.»

L'amoncellement exceptionnel étendu sur vingt ans finit par composer un riche et complexe portrait de groupe. La télévision tend un miroir à sa société, au monde. Cette glace offre de chauds reflets de nous-mêmes, à tout le moins de l'Amérique. Mieux: le crime s'avère un objet social total où se concentrent toutes les forces agissantes d'une société. Wired, une autre fabuleuse série policière américaine, campée à Baltimore celle-là, le prouve tout autant.

«Le crime ouvre sur la politique, les médias, les familles, les rapports hommes-femmes, la psychologie des profondeurs, commente alors le pro. Mais Law & Order reflète moins la réalité qu'elle ne l'éclaire. J'ai mes opinions et je réussis à les transmettre à travers certains personnages, parfois. En même temps, j'aime bien jouer à l'avocat du diable et confronter des points de vue différents.»

La drogue, omniprésente à New York il y a 20 ans, occupait une place centrale dans les premières saisons, très noires, avec des références assumées à Z de Costa-Gavras et French Connection de William Friedkin. Les dernières moutures, marquées par les conséquences des attentats de septembre 2001, témoignent d'une obsession sécuritaire. «Il y a des dizaines de milliers de caméras de surveillance à Manhattan, dit René Balcer en passant cette fois au français. Il y règne un climat de paranoïa. Il faut toujours être aux aguets, et nous avons tenté d'en parler.»

D'un Bush à l'autre

La série témoigne aussi de la difficulté croissante à faire condamner les criminels, avec les ententes à l'amiable, la procédurite, la justice pour les plus riches. «Pour moi, le vrai sujet, c'est le pouvoir, dit M. Balcer. Comme on l'utilise, comment on en abuse, y compris du côté des procureurs. J'ai grandi sous Trudeau au Canada, un libéral, un grand défenseur des libertés individuelles qui n'a pas hésité à appliquer la Loi sur les mesures de guerre pendant la crise d'Octobre, en mettant en branle des méthodes fascistes d'arrestations arbitraires. Je me méfie autant des libéraux que des conservateurs.»

Il raconte alors que le premier épisode de la vingtième saison va imaginer une poursuite pour crime de guerre et torture contre des ténors de l'administration Bush fils, y compris le vice-président. «Pourtant, dans le même épisode nous disons que l'administration Obama tente de balayer ces fautes sous le tapis, tout en s'offusquant des atteintes aux droits de la personne en Chine. C'est de l'hypocrisie. Dans la prochaine saison, nous allons aussi nous demander s'il ne faut pas réviser la loi sur l'avortement dans une société complètement transformée du point de vue de la science et des moeurs. Je le répète: ce n'est pas une série de gauche ou de droite, libérale ou conservatrice.»

C'est aussi et surtout un excellent divertissement. Un parmi d'autres, doit-on dire, puisque la série télévisée américaine vit un âge d'or depuis deux décennies, de Seinfeld à Mad Men, de Six Feet Under à Lost. René Balcer relie cette qualité extraordinaire au mode de production à l'américaine.

«En France, la télévision subventionnée est soutenue comme un service culturel, dit-il. Les bureaucrates s'en mêlent et ils refroidissent la capacité créatrice. Aux États-Unis, les producteurs fournissent l'argent, mais ne se mêlent jamais du contenu. Je n'ai jamais reçu de commentaires du genre des gens qui financent Law & Order. Jamais. Ce qui donne une liberté créatrice complètement folle. La série Dexter met en scène un meurtrier en série, et le producteur s'en fiche, tant que son investissement rapporte du profit.»

Si la vingtième saison de La Loi et l'Ordre porte encore ses fruits, elle devrait continuer et alors carrément établir un nouveau record de longévité. En attendant, René Balcer travaille à une minisérie de quatre épisodes traitant encore et toujours de la police, mais dans le Los Angeles des années 1960 et malheureusement pas à Montréal, n'importe quand...

Article issu de Le Devoir et
initialement publié le 14/09/09.




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