New York District (New York Police Judiciaire)

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12 Décembre 2018


Les polars tranchent dans le vif
Publié par Véronique Cauhapé et Macha Séry dans Le Monde le 11/10/09.


Plus d'histoires consensuelles, de dénouement moralisateur. Exit le flic tout-puissant, rayonnant de force tranquille. Imaginé par Hugues Pagan, le commissaire Schneider, dans "Un flic" (France 2), apparaît comme un antihéros, sombre et taiseux. Dans l'adaptation audiovisuelle des polars de Fred Vargas, Adamsberg résout des enquêtes criminelles, à sa manière. Lunaire et tourmentée.

"L'épreuve pour le héros ne consiste plus à s'identifier à la Loi, en supprimant tout désir propre, mais à tenter, jour après jour, un accomplissement individuel", notent les auteurs universitaires de Les Séries policières (coéd. INA/L'Harmattan, 2004).

Plus rien n'est simple. La frontière entre le bien et le mal s'est brouillée. Les personnages portent sur eux contradictions et zones d'ombre. Et pour cause. Il ne s'agit plus pour les scénaristes de trousser une bonne intrigue, mais de mettre en scène, voire de comprendre, la manière dont les personnages réagissent face à une situation donnée. "A partir d'une recherche de faits divers, on en choisit un qui va nous donner la trame du récit. Ensuite, ce sont les personnages qui nous accaparent, les flics mais aussi les malfrats : tous ces accidentés de la vie, qu'ils soient d'un côté ou de l'autre de la barrière", précise Marc Rosati, coscénariste de "Un flic".

"On s'est inspiré du style des séries anglo-saxonnes. D'où des personnages plus fouillés, gris (ni noirs ni blancs), compliqués, comme chacun d'entre nous", raconte Alain Clert, producteur à Son & et Lumière d'"Engrenages" (Canal+). Ces caractères affinés sur le plan psychologique et moral sont corrélés à des drames, ceux qu'ils observent dans l'exercice de leur métier, ceux qu'ils vivent dans le privé, dans une spirale où le professionnel touche à l'intime. "Dans les séries traditionnelles, lorsqu'un jeune flic débarque sur une scène atroce, on ne voit pas ce qu'il voit. Nous, on le montre pour expliquer pourquoi il craque ", poursuit Alain Clert.

Corps carbonisés, enlèvement d'enfant, viol et meurtre, trafic de drogue, on est loin des faits divers sans gravité auxquels était en butte l'équipe d'un commissariat dans "Allô Police", le premier feuilleton policier diffusé en 1966. Les addictions multiples ont fait effraction dans ces récits au long cours.

Faire sauter ces verrous de la bienséance, sans pour autant tomber dans la violence gratuite : l'impulsion est venue de Canal+ qui, étant payante, n'a pas les mêmes obligations d'audience que les autres chaînes hertziennes et peut se permettre de diffuser à 20 h 35 des séries déconseillées aux moins de 12 ans.

FINIES LES INTRIGUES PÉPÈRES

Les auteurs de polar collaborant à des séries (Didier Daeninckx sur "Novacek", Thierry Jonquet sur "Boulevard du Palais", Jean-Claude Izzo avec "Roger et Fred") ont d'abord fourbi une première riposte au politiquement correct, aux intrigues pépères.

L'exemple des séries américaines, plus réalistes, flirtant avec le documentaire ("New York Police Blues", "New York District") ont influencé, dans les années 1990, une génération de scénaristes - Frédéric Krivine, Hugues Pagan, Olivier Marchal - désireux de focaliser les intrigues sur un groupe d'individus plutôt que sur un personnage principal, un archétype patriarcal.

Parmi eux, deux anciens flics (Pagan et Marchal), bien placés pour offrir une peinture plus juste du quotidien des inspecteurs. Une manière de vulgariser des problématiques modernes et de conférer une dimension authentique, sinon vraisemblable, à la fiction. "Je me suis longtemps demandé si j'étais un flic qui était devenu écrivain ou un écrivain qui a eu une période d'activité policière, raconte Hugues Pagan. Je sais aujourd'hui que je suis le second. Et ce que j'ai retenu de mon passage dans la police, ce n'est pas le policier mais tous ces acteurs du réel que j'ai rencontré."

Comme beaucoup, Olivier Marchal a été marqué par la série "The Shield". Résultat dans "Braquo", pas de tergiversations, pas de paperasses, mais de l'action et une caméra qui ne cesse de suivre le point de vue des flics. Parfois, ils franchissent la ligne jaune. "J'aime mélanger cinéma et police, car les frontières sont poreuses, les uns auraient pu être les autres", déclare Olivier Marchal.

A la véracité accrue des histoires, s'est ajoutée une crédibilité croissante des comédiens. Nouvelles têtes ou acteurs soucieux de gommer l'outrance au profit d'une forme de jeu réaliste, n'hésitant pas à s'immerger. Pour "Braquo", Jean-Hugues Anglade a pris 10 kg, a fait du covoiturage avec les flics de la brigade anticriminalité de Seine-Saint-Denis. Avec eux, vêtu d'un gilet pare-balles, il a "cassé un deal de stups". Après quoi, comédien et flics ont fêté la réussite de flagrant délit au champagne. Un effet du réel renforcé par la figuration d'effectifs de police et la présence de gradés comme consultants sur les tournages. "Bien sûr, on fait la part des choses, raconte Thierry Godard, le Gilou d'"Engrenages", dont la troisième saison est actuellement en tournage. Mais c'est vachement bien d'observer leur manière d'être, d'entendre les surnoms qu'ils se donnent par radio en filature. Au poste (commissariat de la Deuxième Direction de la police judiciaire), ils adorent la série. C'est bien de passer du temps avec eux, car ils sont pudiques, parlent peu de leur boulot."

Les nouvelles séries policières se différencient encore par leur construction. ""Julie Lescaut" (TF1) n'est pas un polar, mais une intrigue policière qui fonctionne sur un temps circulaire, à la façon du jeu de société Le Cluedo dans lequel on tourne autour de cinq protagonistes, tour à tour suspects, pour arriver au chandelier dans la bibliothèque", souligne Yann le Nivet.

Dans "Engrenages", "Un flic" ou "Braquo", le temps est linéaire : un événement en amène un autre. Jusqu'au dénouement qui, parfois, nous importe moins que la trajectoire des vies qui nous ont été racontées.

Article issu de Le Monde et
initialement publié le 11/10/09.




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